Entrevue avec les boursières de l’édition 2023


Pouvez-vous vous présenter ? 🎉🤟

Ariane : Nous sommes Atelier Fukai, un studio de design fondé début 2024 et composé de deux designers, Emilie et Ariane. Nous nous sommes rencontrées dans le programme de Design de l’environnement à l’UQAM via une volonté commune de véhiculer des valeurs environnementales responsables dans notre travail. Atelier Fukai est le studio à travers lequel nous abordons un design résilient, qui met l’humain et l’environnement sur un pied d’égalité. 

Emilie :  Nous essayons d’avoir une approche multi-scalaire dans notre travail. De penser autant à l’aspect théorique que formel, mais surtout d’envisager au mieux l’usage et le post-mortem de l’objet, et ce sur toutes les échelles qu’il impacte. Nous souhaitons porter les valeurs fondamentales d’équilibre, de partage, d’exploration le tout à partir du résiduel. Faire à partir de ce qui est là.


Vous êtes arrivées avec Skajia et avez développé un nouveau projet? Quelles directions cela a-t-il pris? 🤟🤟 🎉

E :  Dans un premier temps, nous avons voulu clôturer Skalja en concevant une édition récapitulative. Après l’année intense que nous avions eu Design de l’environnement, il fallait qu’on arrive à faire le point, à nous poser et à récapituler. Pour nous, c’était vraiment primordial de mettre un point final à tout ça. 

A : Le projet de Skalja était abouti sous forme de prototype fonctionnel lorsque nous sommes arrivées dans l’espace, mais il est vrai que nous ressentions le besoin de rassembler nos recherches d’une façon plus tangible. Cela s’est réalisé sous la forme d’un ouvrage en trois volumes, reflétant chacun une direction que nous avons choisi d’explorer dans le projet. On y trouve une matériauthèque, un exposé de la production de notre prototype et enfin une large partie de réflexion sur la place de l’objet et du résidu dans notre société de consommation.

E : D’ailleurs l’ouvrage est disponible en pré-commande à l’adresse-mail : atelierfukai@gmail.com!

E : En parallèle de la conception de l’ouvrage, nous avons pu commencer un nouveau projet, celui qui nous a permis d’avoir accès à la bourse EVA. Beaucoup nous attendaient sur une poursuite matérielle autour des écailles de poisson, mais je pense que nous avions besoin de changement. Nous ne tenons pas à devenir des spécialistes des écailles. 

Pour autant, ce projet s’inscrit dans la continuité de Skalja : nous portons toujours un grand intérêt à la matière résiduelle qui se trouve au cœur de notre processus et nous appliquons une méthodologie similaire. Il nous était important de poursuivre nos explorations à base de résidus puisque cela fait part entière de notre conception du design actuel. Ce qui est vraiment différent, c’est que l’année dernière nous étions dans une recherche d’objets précieux. Cette année, c’est un objet fonctionnel qui doit mettre en avant les propriétés utiles du matériau. Ce n’est pas le même objectif, ni les mêmes motivations qui nous permettent de prendre des décisions. 

A : Dans le cadre de ce projet, nous sommes en train de développer une collaboration avec le Pôle Textile de l’Escale circulaire. Leur projet nous parle beaucoup et s’aligne avec nos valeurs et volontés. Il serait probable que le  premier prototype soit réalisé à base de résidus du Pôle Textile !

E : Avoir accès à EVA nous a aussi permis de lancer notre studio de design commun : Atelier Fukai. L’idée pour nous c’était d’utiliser cette année pour pousser plus loin notre expérience en design de l’environnement. On a toutes les deux eu des parcours mouvementés et c’était une chance de pouvoir tout mettre au clair.


Pouvez-vous nous présenter votre projet? 🤟 🎉

E : Notre projet s’intitule Dandora. Ce nom fait référence à la plus grande décharge textile à ciel ouvert qui se trouve à Dandora, au Kenya. Dans ce projet, nous avons continué à nous intéresser à la revalorisation de matériaux considérés comme déchets. Cette fois, notre attention s’est portée sur les fibres textiles. L’idée c’est de les transformer en matériau fonctionnel et de les transformer en objet du quotidien.

A : Le but est de questionner la place du résidu textile dans nos quotidiens. Nous cherchons à travailler le textile sous forme de fibre obsolète, qu’il est impossible d’insérer dans une autre étape de circularité (upcycling ou seconde main). En travaillant ce matériau, nous avons réalisé la légèreté de celui-ci et souhaitons donc l’appliquer à une assise dans un contexte de domicile à espace réduit. L’idée est de donner à l’utilisateur l’opportunité de le déplacer, voire de le ranger, facilement.


Quelles données importantes vous ont marquées lors de vos recherches/mises en pratique? 🎉

E : La légèreté de la matière que nous explorions nous a d’abord surprises. Puis c’est ce qui a guidé nos décisions formelles, nos choix d’artefact. C’est devenu le cœur de notre projet. 

A : Par données importantes j’entends surtout données chiffrées, alors voilà quelques chiffres sur les déchets que nous travaillons : 

  • L’industrie du textile est la deuxième industrie la plus polluante au monde derrière celle du pétrole.
  • Produire un tee shirt en coton biologique c’est 2700L d’eau ! (soit ce que consomme un adulte en 2ans et demi)
  • L’industrie textile produit 10% des émissions de GAS mondial …

Qu’avez-vous envie de partager le plus autour de votre projet? 🎉🤟

A : Notre volonté repose sur un besoin de sensibiliser, de montrer que concevoir consciemment est possible. Mais surtout un besoin de montrer le potentiel gisant de ce que l’on appelle déchets. Le travail de la matière résiduelle sert à tous et nous alignons notre pratique sur l’idée que ce genre d’approche devrait être plus fréquente. Il est important pour nous de communiquer avec transparence nos procédés et objectifs, pour qu’ils puissent être réappropriés par nos pairs qui souhaiteraient se pencher sur des questions similaires.

E : La notion de partage du savoir est très importante pour nous. Elle est la clef de la collaboration et de l’innovation. Pour nous, le but c’est de créer un nouvel imaginaire des matières résiduelles. Il ne tient qu’à chacun d’entre nous de changer l’idée que l’on se fait du déchet. Les designers peuvent influencer en la pensée collective en proposant de nouveaux objets mais finalement, c’est sur le public que tout repose. La forme n’est pas une fin en soi, c’est une démonstration que c’est possible. 

Il est important que collectivement, nous nous rendions compte de notre impact écologique et que nous transformions nos processus de créations et de consommations au profit d’un monde plus durable. 


Quelle est votre définition/vision de la “Ville Autrement”, toute échelle confondue, qu’elle soit reliée ou non au développement de votre projet? 🎉🤟

E : Ma Ville Autrement repose sur un engagement socio-environnemental. Elle a un moindre impact écologique et ses habitants s’y sentent bien, tous y sont égaux, il n’y a plus d’insécurité pour aucun d’entre nous. C’est une sorte d’utopie réaliste. 

A : Ma ville autrement est une ville juste. Une ville où chacun trouve sa place, avec unicité et identité, sans répressions et avec le plus d’inclusivité possible. Une ville juste au niveau humain comme environnemental, une ville respectueuse finalement.

Comment avez vous vécu  la dynamique qu’offre l’Espace Ville Autrement? Avez-vous établi un contact avec les autres occupant.e.s de l’espace? Une ou des collaborations avec d’autres organismes occupants seraient-elles envisageables? 🎉🤟

E : Pour ce qui est des associations, c’est vrai qu’il a parfois été difficile de s’intégrer dans des groupes et des relations déjà solides et établis, en étant à la fois nouvelles et perdues dans nos propres projets. C’était un peu intimidant. 

A : Mais une collaboration est plus qu’envisageable ! Comme mentionné plus haut, nous consolidons présentement les liens avec Le Pôle Textile. Cette collaboration est née d’une rencontre organisée grâce à Entremise, et nous espérons l’entretenir au grès de prochaines interventions.


L’espace convient-t-il au(x) type(s) de recherches et travaux que vous voulez entreprendre? 🎉🤟

A : Notre pratique étant axée sur l’objet, nous avons besoin d’interagir avec la matière, de la manipuler pour la comprendre et la travailler dans un projet. Nous réalisons ces recherches là majoritairement en dehors de l’espace, chez nous ou dans des FabLab pour ne pas imposer des conditions de travail plus manuelles au reste des membres de l’espace. L’espace de EVA se prête très bien à la conception et à l’idéation.

E : L’espace nous a permis de nous réunir et de ne pas devoir travailler dans des cafés tous les jours. Mais c’est vrai qu’il correspond plus à une pratique théorique ou sur ordinateur qu’à des explorations matière. Il a manqué d’un atelier selon nos besoins. 


Quelle est l’organisme qui vous inspire le plus à EVA? 🎉🤟

A : Entremise, leurs valeurs et projets nous parlent beaucoup.


Est-ce que vous pouvez nous parler de votre parcours à EVA 🤟

A : Notre parcours à EVA a commencé plus tardivement que ce que nous pensions, nous avons donc réellement commencé notre travail au mois de septembre. Il n’a pas été évident dans les premiers mois de trouver le bon rythme. Récemment diplômée, nous devions trouver un équilibre, une rigueur et une discipline qui nous était habituellement donnée. Je pense que le secret c’est de ne pas tenter de tout réaliser trop vite, et de commencer par des objectifs réalisables afin de rentrer dans le bon rythme (que nous avons maintenant !)

E : Je pense que quand on est arrivées on était encore dans l’effervescence de la fin de l’année, de l’Annuel, de l’été aussi. Et que d’un coup en septembre il y a eu une sorte de retour à la réalité qui nous a vraiment déséquilibrées. Personnellement je me suis sentie toute petite, j’avais l’impression de ne pas savoir par où commencer, d’être perdue. C’est en ça que la dynamique post-école a pu nous poser problème. C’est quelque chose qui, je pense, nous a demandé beaucoup d’ajustements, mais cela nous a permis d’apprendre, de grandir et développer des outils riches, à la fois pour nous-même et pour nos ambitions. C’était un beau défi. 


En général, que retenez-vous de l’Espace Ville Autrement ? 🤟🎉

E : Pour moi ça a été un premier saut dans le grand bain des adultes. Un avant-goût de ce à quoi ça ressemble d’être travailleur indépendant.

A : Je retiens un espace lumineux (littéralement et métaphoriquement), empli de personnes cherchant à rendre le monde un peu moins gris.


Avez-vous des conseils pour les futurs applicant.e.s à la bourse de démarrage? 🤟🎉

E : N’attendez pas que l’on vous tende la main. Soyez pleins d’initiatives, profitez du filet de sécurité que l’espace offre pour tenter des choses et vous organiser ! Il y a une quote qui dit que 100% des gens qui ont réussi ont essayé, c’est tout bête mais c’est important de ne pas l’oublier. A : N’ayez pas peur de participer et d’approcher les membres de l’espace ! Je pense que nous n’avons pas pleinement utilisé le potentiel des relations à créer. Alors j’aurais tendance à pousser les prochains boursiers vers les organismes de l’espace.